Ne nous voilons pas la face, le public de la presse locale est essentiellement composé de retraités. Ceux-là même qui disposent du plus de temps libre. Un public pas toujours très facile car comme ils ont le temps de décortiquer tout le journal, ce sont les plus prompts à décrocher le téléphoner pour signaler l’inévitable erreur de la semaine.
Bref, passons.
Nous avons engagé il y a de cela quelques jours un dessinateur afin de proposer un dessin humoristique par semaine dans nos colonnes. Une véritable révolution pour un journal qui, il y a encore quelques années (et c’est toujours un peu le cas aujourd’hui, il faut le reconnaître) sentait bon le journal de papa.
Comme le dessinateur est aussi un nouvel arrivant dans notre région, c’est la rédac qui lui propose des idées de scénarios. Le thème retenu pour la semaine prochaine ? La désaffection du public pour les cérémonies de commémoration. Et c’est à cette occasion que j’ai proposé un scénario trash.
Mon idée était de représenter deux porte-drapeaux, encadrant deux cercueils fraîchement déterrés (clairement identifiés comme appartenant à d’anciens combattants). On aurait ainsi vu l’un des deux portes-drapeaux dire, d’un geste désolé, ” Ben quoi, c’est le seul moyen qu’on ait trouvé pour attirer du monde lors des cérémonies…”.
Même si ce gag virtuel a beaucoup fait rire le rédac chef et la rédac, il fallait bien se rendre à l’évidence, une fois l’euphorie passée : pas question de laisser paraître cela dans le journal. Imaginez la réaction outrée de notre lectorat, qui se sentirait directement attaqué par la caricature ! Et puis il y a violation de sépulture, ma bonne dame ! C’est un délit !
La semaine prochaine paraîtra donc un dessin reprenant seulement mon idée de départ. On y retrouvera les portes-drapeaux mais en lieu et place des cercueils, deux jeunes se déhanchant devant deux énormes caissons de basse. Au dessus d’eux, une banderole : “Grande Rave Party du 11 novembre”. Et le porte-drapeau, de s’exprimer : ” Ben quoi, c’est le seul moyen qu’on ait trouvé pour attirer du monde lors des cérémonies…”.
De l’inconvénient d’avoir un lectorat âgé.